Média-Participations « Internet est une déclinaison naturelle de la Bande dessinée, et non pas une menace. »
En bref :
- Aujourd’hui, Média-Participations propose 80 albums sur smartphone
- Le streaming serait l’avenir de la BD numérique et Média-Participations est prêt à proposer un visionnage à 2 euros
- Les grands éditeurs pensent à créer une plate-forme commune de distribution de contenu numérique
- Aujourd’hui, l’édition numérique représente moins de 1% du marché du livre
- Apple sort le 27 janvier une tablette de lecture grand format et en couleur.
Média-Participations se prépare à la révolution de la BD numérique qui s’annonce. Pour Vincent Montagne, président du groupe, « Internet est une déclinaison naturelle de la Bande dessinée, et non pas une menace. ». « Ce qui n’est menacé aujourd’hui dans le secteur de l’édition, ce n’est pas la lecture, c’est le papier », insiste-t-il.
Claude de Saint-Vincent, le directeur général, précise : « nous sommes extrêmement agressifs en termes de propositions sur le numérique, mais aussi extrêmement prudents en termes d’investissements ». Média-Participations a ainsi vendu sur l’iPhone 7000 albums d’un seul opus de « Lucky Luke », à 1,79 euro l’unité. Fort de ce succès, le groupe propose aujourd’hui, via sa filiale Anuman Interactive, quelque 80 albums sur smartphone et 20 guides pratiques de chez Fleurus.
Si la bande dessinée dématérialisée est une réalité chez Média-Participations, le groupe tâtonne en revanche, comme tous les éditeurs, sur le modèle économique à adopter. Ce qui n’empêche pas ses dirigeants d’avoir une vision assez précise sur la politique tarifaire qu’ils souhaitent mettre en place. Et de réaffirmer que, même à l’heure d’Internet, le prix de la BD doit être le même quel que soit le site d’achat, et que c’est à l’éditeur de fixer les prix.
Car pour Claude de Saint-Vincent, il faut pouvoir adapter le prix selon que le consommateur achète sa BD en version papier, en fichier numérique à conserver (pour l’ordinateur ou le mobile), ou encore en streaming. Ce dernier mode n’autorise que la consultation de l’œuvre et ne permet pas, contrairement à un site comme iTunes, pour la musique, de conserver l’œuvre dans sa bibliothèque numérique. Le directeur général de Média-Participations a une conviction : « l’avenir de la BD numérique est plutôt au streaming ».
La réflexion du groupe est d’ailleurs bien engagée puisqu’il sait déjà à quel prix il pourrait vendre ses BD en streaming. Alors qu’en librairie un titre se vend en moyenne entre 10 et 20 euros, Média-Participations pourrait le proposer à 2 euros en simple visionnage. Reste aussi le problème de distribution des fichiers numériques. Si Média-Participations s’est pour l’heure associé avec Editis et Gallimard pour la distribution des livres, ses dirigeants songent à une solution différente pour la bande dessinée. Ils militent pour une plate-forme le plus large possible. Une réflexion serait actuellement en cours chez les éditeurs de BD sur l’intérêt de créer une plate-forme commune.
Le numérique est aussi perçu comme un outil marketing magique pour un éditeur qui peut mettre à jour ses catalogues, toucher le consommateur en direct, ou encore créer de l’interactivité avec ses lecteurs. Ce n’est pas rien dans le monde de la bande dessinée, qui compte des vrais passionnés… Média-Participations se montre en revanche très réticent dans les sites Internet alimentés par des contenus gratuits.
Pour l’heure, c’est encore la BD version papier qui se vend le mieux. L’édition numérique balbutie et pèserait moins de 1% du marché du livre. Les supports existants – Reader, de Sony, ou Kindle d’Amazon – ne permettent pas encore de lire en couleur et sont plutôt destinés aux livres non illustrés. Hasard de calendrier, Apple est censé présenter, mercredi 27 janvier, sa tablette numérique couleur. Une tablette qui devrait proposer un autre confort de lecture pour les bandes dessinées et les journaux illustrés. Certains y voient les prémices d’un décollage du marché des contenus numériques, au-delà de la musique.
Article paru dans La Tribune, le 26 janvier 2010